Saint-Valentin

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Ce soir il paraît que c’est la fête de l’amour. Dans le métro, assis en face de moi, un type tient une armée de ballons en forme de cœur. C’est mignon tout plein, dommage qu’il tire la gueule. A côté, une femme se refait une beauté, sans cesse perturbée par les soubresauts du wagon. Il ne faudrait pas que son rouge à lèvres dépasse, la soirée en serait immanquablement ratée. A chaque station, c’est un festival de publicités faisant l'éloge du sentiment amoureux, de Durex à Fleury Michon, tout le monde y passe. Comment ne pas se sentir l’âme sentimentale ?

Un bangladais circule entre les rangs, impose ses roses à la vue de tous. C'est son jour et il le sait. D’un regard moralisateur il nous fait comprendre qu’un amoureux qui se respecte se doit d’investir dans un bouquet rouge de désir. A côté de moi, un col blanc craque sous la pression sociale, c’est la mine dégoûtée qu’il sort son portefeuille.

Tout de même, cette journée force le respect ; l’engouement est national, chacun y va de son attention, de son cadeau ou de son resto, mais je vous le demande, entre nous, qui aime la Saint Valentin ? Mis à part les collégiens qui s’écrivent des mots doux, les infidèles qui y voient là une façon de se donner bonne conscience ou ceux qui se jettent, désespérés, sur la moindre occasion de maintenir leur couple hors de l’eau, qui donc peut se targuer de s’être levé ce matin avec une viscérale envie de chanter les louanges de l’amour ?

Heureusement que Manon n’est pas portée sur ces rites que les plus timides d’entre nous qualifient de « commerciaux ». Non, on vaut mieux que ces dégénérés avides de chocolats.

En sortant du métro, je passe devant un couple qui s’embrasse, tandis qu’un troisième larron immortalise cet instant de grâce. Le compteur de like va exploser, quel bonheur d’être amoureux !

Un homme passe alors en trombe. C'est LA scène, celle qui a fait rêver le monde entier ; courir rattraper sa belle avant qu’elle ne parte à jamais. Écœurant.

Et puis regardez-les ces deux-là qui se tiennent par la main et se susurrent des mots tendres, enrobés d’un délicat glaçage érotique.

Ridicules ! Vous me faîtes bien rire, tous autant que vous êtes ! Si Manon était là, elle se marrerait bien elle aussi.

Tout de même, ne perdons pas trop de temps… C’est le genre de fille qui mérite que l’on se dépêche de rentrer pour lui dire qu’on l’aime.

Gabin Vissouze - Tous droits réservés