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La mort me fascine par son caractère implacable, absolu. Par conséquent, sous l’impulsion d’une force irrésistible que certains appelleront curiosité, d’autres morbidité, je ne peux m’empêcher de l’observer avec le plus vif intérêt dès que s’en présente l’occasion.

Petit, je pouvais passer plusieurs minutes dans la contemplation d’une araignée morte ou d’une sauterelle écrasée, essayant sans trop savoir comment, de percer le mystère de ces coquilles vides. Plus tard, je me rappelle avoir découvert un chat mort sur la route. La pauvre bête avait été littéralement écrabouillée, l’entrelacs de ses boyaux recouvrait l’asphalte, et je me tenais au-dessus, perplexe face au formidable être qu’est le chat, capable de toutes sortes d’acrobaties, de précision, de férocité sadique envers ses proies, cette véritable machine à tuer qui finalement n’était plus qu’une bouillie sanguinolente que le premier orage ferait disparaître sans plus de formalités.

Aux alentours de 12 ans, nous sommes passés, mon père et moi, devant un accident de voiture. Une femme reposait sur la route, immobile, le teint d’une pâleur effrayante ; un simple corps sans vie.

- Ça fait toujours quelque chose de voir ça, m’a dit mon père.

Cette phrase m’a marqué, comme si pour la première fois je prenais conscience que quel que soit notre âge, nous sommes tous égaux face à la mort. 

 

J’y ai été deux fois confronté au cours de mon existence, chacune dans des conditions radicalement différentes. La première s’est déroulée très lentement. Mon grand-père, atteint d’une leucémie, a passé de nombreuses semaines dans un établissement spécialisé. Il se savait condamné, seulement j’ignore comment il a traversé cette épreuve. Ma deuxième confrontation fut bien plus violente. Un de mes meilleurs amis parti brutalement, écrasé par un train, à l’âge bien trop jeune de 19 ans. Le choc fut difficilement acceptable, rien ne prépare à cela. Le 23 décembre il était vivant, le lendemain il ne l’était plus. C’est tout.

Dans un cas comme dans l’autre, la finalité est la même, seul le voyage diffère.

Par deux fois j’ai pleuré dans une église, par deux fois j’ai observé un cercueil disparaître lentement sous terre, entouré de gens vêtus de noir, de silences pesants, de recueillements étouffants. Je ne suis pas à l’aise avec notre façon occidentale d’aborder la mort ; nos rites m’accablent, le noir nourri ma peine et j’en viens presque à envier ces sociétés qui la célèbre en chantant et dansant. C’est ainsi qu’est né mon court-métrage : dédramatiser l’inéluctable, le penser comme une continuité plus qu’un point final.

La mort est terrifiante, pourtant c’est bien ce qui la précède qui consiste en la véritable épreuve. A la question s’il ne te restait plus qu’un jour à vivre, que ferais-tu ? La plupart répondent la même chose. : expérimenter le plus de choses possibles et occuper la moindre minute de temps disponible. Je pense, au contraire, qu’il faut vivre ses derniers instants comme si, justement, ce n’étaient pas les derniers. Mourir demande du courage, c’est pourquoi s’épuiser à exploiter chaque seconde ne me paraît pas judicieux pour partir apaisé.

"C’est normal ça, personne n’a envie de mourir. Mais faut bien y passer un jour, seulement ce n’est jamais le bon."

 

 

Dédramatiser la mort, comment vivre ses derniers instants… Mes fondations étaient posées, ne me restait plus qu’à construire autour. J’ai une fascination pour les personnages de gangsters et de mafieux, alimentée par les dizaines de chefs-d'œuvres que j’ai regardés. Le Vito Corleone de Coppola, les Tommy et Jimmy de Scorsese, le Tony Montana de de Palma, le Jeff Costello de Melville… La mythologie du gangster est riche, infinie, surinterprétée ! Comment la moderniser pour éviter de raconter la même histoire une énième fois ? La réponse est évidente quand on remarque ce qui manque cruellement au genre : des femmes ! Mes hommes de main seront donc des femmes de main qui fument et boivent, tuent et rigolent. 

La mort ne répond à aucune règle, est parfois injuste, surprenante, illogique… Le choix de l’absurde m’a été naturellement soufflé par l’une de mes références cinématographiques : Bertrand Blier. Ce film est donc une comédie qui traite d’un sujet lourd, en somme, il s’agit d’une lente agonie pleine d’humour… En faisant attention toutefois à ne pas tomber dans le « gag », les situations sont improbables mais le traitement doit être on ne peut plus réaliste. Le spectateur ne doit pas chercher une branche concrète à laquelle s’accrocher mais, au contraire, se laisser porter par le courant de cette absurde balade.

En accord avec cette volonté de me détacher de l’imagerie sinistre associée à la mort, en particulier dans le cinéma où les enterrements se déroulent souvent sous la pluie, j’ai décidé de situer l’action lors d’une magnifique journée d’été. Seulement, c’est une journée affreusement chaude, ce qui n’est finalement pas moins pesant que des trombes d’eau.

A travers cette histoire, c’est tout le déroulé de la fin de vie que j’essaye de raconter en filigrane. Ainsi, Stéphanie s’apparente à une femme à qui l’on diagnostique un cancer incurable. Elle va être enterrée par Thaïs et Emma, c’est inévitable. Dans un premier temps, elle essaye de fuir la réalité (littéralement) mais est évidemment rattrapée. Alors elle se lamente sur son sort, écrasée par ce drame terrifiant. Au bout d’un temps, elle n’a pas d’autre choix que d’accepter et va donc tenter de “profiter”, de jouir avec excès des plaisirs de la vie.

C’est la deuxième partie, lorsqu’elles sont au bistrot ; elle s’étouffe avec son plat à force de s’empiffrer jusqu’à s’évanouir lorsqu’elle danse avec Joséphine. Elle est arrivée à saturation, psychique comme physique et nous entrons dans la troisième partie. Elles sont dans le jardin de Joséphine, bronzant sur des transats. C’est la fin de vie, qui souvent se déroule à l’hôpital. Stéphanie est entourée de ses proches qui la veillent (Joséphine s’apparente à une mère, Lionel à un père, Thaïs et Emma à deux sœurs).

L’heure venue, elles retournent à la tombe creusée au début, Stéphanie s’y allonge d’elle-même et est recouverte de terre, apaisée.

Métaphore de la maladie, cette histoire n’a aucun point d’ancrage dans notre réalité, le spectateur ne sait pas où se situe l’action ni à quelle époque, aucune information ne lui est donnée sur le passif des personnages. C’est un film qui apparaît et disparaît comme si de rien n’était. Ce film c’est la mort mais en plus heureux.

Enfin, on pourrait avancer que mourir c’est l’absence de parole, il me semblait donc important de faire la part belle aux dialogues, comme un hommage au dernier jour de la condamnée.

"Comment ça rien à foutre ? Tu te rends compte de ce que tu dis ? T’irais pas jusqu’à lui cracher à la gueule aussi ? Un mourant ça se respecte, son dernier jour ça s’honore ! Alors tu t’assois, tu la fermes et tu te détends."

Une fin idéale de Gabin Vissouze

Tous droits réservés. Numéro de dépôt : 000448804

Extrait de la bande originale du film Le dernier jourDiphylleïa
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