Comme pour ponctuer sa dernière phrase, les vibrations des voitures qui passent au-dessus de nous s’intensifient. Les murs tremblent sous le poids des camions et berlines noires qui sillonnent le réseau routier de la Défense. Le vacarme est tel qu’une impression de fin du monde me transperce et, alors que Pepita plonge son regard dans le mien, je sens une douce chaleur emplir ma cage thoracique, ce sentiment merveilleux qui semble m’avoir quitté ces derniers mois ; l’espoir. L’espoir d’un avenir ensoleillé, d’amours passionnées, d’ivresses délicieuses et de rêves inaccessibles. Cet espoir je le cueille dans les yeux de ma protectrice qui vient de m’offrir ses plus intimes secrets. Comme une évidence, je porte mes lèvres à sa bouche rosée qui s’ouvre délicatement, presque timidement. Nos langues se caressent et s’enlacent tandis que montent en nous les pulsations d’un désir nouveau. Elle se dresse face à moi et révèle à mes yeux son corps frêle, abîmé. La transparence de sa peau, les tâches violacées qui parcourent ses genoux, sa toison pubienne au reflet roux. Au cœur de la forteresse de béton triste, la reine des pouilleux fait cadeau de son intimité. Alors que je pénètre en elle, les souvenirs d’une vie passée m’assaillent. Le visage d’Emma, amour de ma vie, se superpose à celui de Pepita avant de s’estomper puis de disparaître. Je ressens une profonde tristesse à l’idée que, pour la première fois, ma relation avec Emma m’apparaisse comme si lointaine que j’en viens à l’oublier. Pardon mon amour, je crois que je t’aime pour la dernière fois. 

Pepita me chevauche avec une énergie désespérée, nos corps suants luisent à la lumière des lampadaires que l’on aperçoit au loin. La ville dort, les voitures roulent, bientôt il fera jour, peut-être. 

Sans crier gare, je jouis alors qu’elle-même se laisse aller à l’orgasme. Nous restons enlacés, nos souffles s’accordent pour ne faire plus qu’un. Je peux voir ses paupières se fermer progressivement, sa respiration ralentir. Elle s’est endormie. 

Je suis fatigué moi aussi, très fatigué. Mais la nuit s’annonce reposante. 

Demain sera différent d’hier. Demain, tout ira bien.

Extrait de Chroniques d'un mort de trouille  de Gabin Vissouze

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